
L’Élevage des veaux en vêlages groupés : Méthode et efficacité de la phase lactée.
Les défis du vêlage saisonnier
Le vêlage groupé, utilisé dans les systèmes d’élevages à forte composante herbagère ou biologique, permet une gestion synchronisée des naissances. Il simplifie l’organisation du travail, optimise l’utilisation des ressources en herbe et améliore le suivi sanitaire. Toutefois, cette concentration des naissances exige une prise en charge rigoureuse des veaux, notamment en matière d’organisation, d’alimentation et d’hygiène. Dans ce contexte, la bonne utilisation du matériel d’abreuvement, conjugués à une organisation d’élevage réfléchie, apportent une solution performante et éprouvée pour maximiser la santé, la croissance et le bien-être des jeunes animaux.
Les fondements physiologiques : importance de la succion lente
Le système digestif du veau nouveau-né est conçu pour fonctionner avec une ingestion lente du lait. La succion stimule la production de salive riche de différents éléments comme les Lactoferrine et Lactoperoxydase, enzymes complexes qui renforcent le système immunitaire des jeunes veaux. Souvent oubliée, la salive comporte une enzyme digestive (lipase pré-gastrique) qui aide à la digestion des matières grasses. La tétée lente favorise la fermeture de la gouttière œsophagienne et prépare la digestion du lait dans la caillette, évitant ainsi son passage dans le rumen.
Nourrir les veaux à l’aide de matériels non adaptés, tétines à valve, tétines trop rapides ou au seau a pour conséquence une ingestion trop rapide du lait.
Ce qui entraîne souvent une multitude de problèmes : Diarrhées, buvée ruminale ou encore succions croisées.
Des tétines à faible débit obligent le veau à téter lentement (environ 3 à 4 minutes par litre). Cela induit une sécrétion salivaire abondante, une meilleure digestion, un caillage optimal dans la caillette et une réduction du risque de diarrhées nutritionnelles.
Résultats scientifiques : santé digestive et comportement
Une étude de Nouvelle-Zélande (Journal of Applied Animal Nutrition, 2015) a comparé l’effet de différents débits de tétines sur le système digestif. Elle montre que les veaux nourris avec un débit contrôlé présentent un caillé homogène, une meilleure absorption du lactose (seulement 3 mg/g de lactose restaient dans la caillette deux heures après l’alimentation) et une réduction significative du développement des pathogènes intestinaux, notamment E coli.
Comparé aux résultats obtenus par une alimentation rapide (tétines avec valves), on observe un caillé du lait inadéquat et insuffisant. Le niveau de lactose resté dans la caillette est 4 fois plus important (12mg/g deux heures après l’alimentation) ! Cet excès de sucre pénètre dans l’intestin postérieur du veau et devient la source de nutriments responsable de la multiplication des agents pathogènes E coli, provoquant ainsi les problèmes digestifs.
De plus, un débit lent satisfait le besoin de succion du veau. Il réduit considérablement les comportements de succion croisée, souvent observés dans les groupes de veaux. Ces comportements, où les veaux tètent leurs congénères (museau, nombril, pis), peuvent entraîner des infections et favoriser l’apparition de mammites ultérieures. Bien comprendre que les veaux alimentés à l’aide d’un débit contrôlé seront plus calmes et détendus après les repas limitera ces interactions indésirables.
Bénéfices économiques et sanitaires
Dans un système en vêlage groupé, il est important d’atteindre un vêlage à 24 mois plus que dans tout autre système ! Cela passe par un contrôle des troubles digestifs qui ont pour conséquence de diminuer les performances de croissance des génisses, futures laitières.
Bien souvent, les quantités de lait distribuées sont insuffisantes ou encore mal adaptées à l’âge du veau.
Une étude (Soberon et al., 2012) a démontré que chaque gain de 100 g/jour avant sevrage se traduit par +85 à 111 kg de lait lors de la première lactation. Réussir ou rater la phase lactée a de graves conséquences économiques.
Si besoin, nous pouvons apporter des plans d’alimentation lactée adaptés.
Un système bien organisé permet également de réduire la main-d’œuvre, grâce à la diminution des problèmes de santé. Étant bien équipé par de bons conseils, il permet d’alimenter les veaux rapidement et efficacement.
Organisation pratique des vêlage groupé
Voici l’organisation qui est parfaitement adaptée à l’élevage saisonnier. Elle se décline en plusieurs phases :
Tous les nourrisseurs doivent être installés pour que les tétines soient à une hauteur de 60–65 cm pour favoriser la position naturelle de tétée.
1. Phase d’apprentissage (0–3 jours)
Les veaux reçoivent le colostrum en groupe, donc par paire au minimum et jusqu’à 5 veaux. Cette étape est essentielle à l’initiation à la tétée et s’effectue à l’aide de nourrisseurs avec compartiments et de tétines souples. Aménagez de petites cases à cette étape vous évitera de courir après les veaux.
2. Phase de développement et de surveillance (4–12 jours)
Utilisez toujours des nourrisseurs compartimentés pour individualiser les portions de lait. Cela permet une surveillance accrue et vous permet d’intervenir rapidement en cas de problèmes digestifs ou de maladies, souvent détectables par une diminution de la quantité ingérée. Cette phase est la plus importante, il faut y investir du temps ! Une fois passée et réussie, la suite sera moins consommatrice en temps.
3. Phase de croissance en intérieur (13–30 jours)
Les veaux sont rassemblés en groupes plus larges et nourris à l’aide de nourrisseurs collectifs non compartimentés qui peuvent être alors utilisés à cette nouvelle étape. Pas de risque de compétition à ce stade si un écart d’âge de 14 jours maximum est respecté. Le débit contrôlé des tétines empêche les veaux « gloutons » d’ingérer plus de quantités de lait.
4. Phase de croissance en extérieur (31–70+ jours)
A partir de l’âge de 4 semaines, si les conditions climatiques le permettent, les veaux peuvent être placés en groupes encore plus importants et nourris soit sur des aires d’alimentations près du bâtiment ou en paddocks extérieurs. Ils sont alimentés à l’aide d’une remorque mobile par exemple. Cette organisation permet de libérer de l’espace en nurserie et d’adapter la charge de travail.
Penser et construire son outil en phase lactée au service de la performance
L’élevage des veaux en groupes dans un contexte de vêlage saisonnier impose rigueur, anticipation et équipement adaptés. Il faut favoriser une alimentation physiologique et un comportement naturel. Cela offre une réponse concrète aux enjeux du bien-être animal, de la santé digestive et de la performance économique.
Bien prendre en compte tous ces éléments dans les élevages en vêlages groupés permet d’optimiser l’organisation du travail et de valoriser le potentiel des génisses de renouvellement.
Dimensionner les besoins pour son système ne s’improvise pas, de nombreux facteurs sont à prendre en compte
Témoignage de Laurent Gourdelier
Éleveur laitier en Mayenne
Ferme : 180 vaches laitières Kiwi en système 100 % herbe et BIO, 3 UTH dont 1 salarié
Vêlages groupés : sur 7 semaines au printemps, 180 vêlages, 160 veaux gardés, sevrage 12 semaines
Matériels utilisés : 8 nourrisseurs 5 et 10 compartiments, 4 Nourrisseurs 20 tétines, 2 remorques mobiles 50 places, 12 abreuvoirs & 10 auges à aliment intérieur et 1 extérieur.
«Depuis trois ans, nous avons complètement revu notre système d’élevage des veaux pour coller à notre stratégie de vêlages groupés. Avec près de 180 vêlages sur sept semaines, il nous fallait une solution efficace, simple et respectueuse du bien-être de nos veaux. 80 naissances sont concentrées aujourd’hui sur une seule semaine. Samuel Malard nous a accompagnés et nous à aider à faire évoluer notre système».
Un système parfaitement adapté au vêlage groupé
Laurent Gourdelier : «Avec un tel pic de naissances, il est crucial d’avoir une organisation claire. Les nourrisseurs 5 compartiments en tétines plus souples sont utilisés pour l’apprentissage pendant 3-5 jours maximum. Nous utilisons ensuite les nourrisseurs 10 compartiments qui nous permettent de bien démarrer des petits lots les dix jours suivants, où la surveillance doit être renforcée. Dès que les veaux sont bien développés et homogènes, on forme des groupes de 20 veaux jusqu’à l’âge de 4 à 5 semaines. Puis nous constituons des groupes de 40 veaux et les nourrissons sur la remorque mobile 50. Nous utilisons d’abord une zone d’alimentation accolée au bâtiment, puis on la déplace dans les paddocks quand les veaux sont aptes à être à 100% en extérieur et que la météo et les sols le permettent.»
Samuel Malard : «Nous conseillons un espace extérieur dédié à la buvée, qui permet de respecter le cahier des charges BIO chez Laurent mais surtout permet de nourrir 2 groupes de 40 veaux rapidement et facilement. Cela facilite l’apprentissage à la remorque et diminue fortement le salissement des parcs. Pas de perte de temps, pendant qu’un premier groupe est nourri, l’opérateur s’occupe des plus jeunes veaux qui sont juste à quelques mètres. La deuxième remorque sert alors de Taxi et est positionnée stratégiquement dans le bâtiment à proximité des cases veaux de 5, 10 et 20 veaux. Après 30 minutes, le premier groupe est repoussé dans son parc et le deuxième entre. Voilà comment on peut maximiser le temps de travail en soignant les nouveau-nés jusqu’aux veaux de 6 semaines à l’abri dans le bâtiment.»

Moins de travail, plus de sérénité
Laurent Gourdelier : «Avant, l’alimentation nous prenait beaucoup de temps et c’était une source de stress. J’utilisais un système classique de niches à veaux. Aujourd’hui, avec un équipement de démarrage complet et avec les 2 remorques mobiles, on nourrit jusqu’à 160 veaux divisés en 4 groupes de 40. On gagne en temps, en confort de travail, c’est important quand tu as un salarié. Une seule personne peut nourrir l’ensemble des veaux en 45 minutes dès que tous les veaux ont plus de 10 jours d’âge, donc en groupe de 10, 20 et 40. Il faut compter 1h15 matin et soir pendant les vêlages, les 30 minutes supplémentaires correspondent aux veaux de moins de 10 jours qui sont sondés à la naissance et que nous surveillons attentivement pendant cette phase cruciale. Le lavage au savon de l’ensemble des nourrisseurs s’effectue 3 fois par semaine, 30 minutes sont nécessaires à chaque fois. Les remorques sont rincées et lavées quotidiennement, cela prend 10 minutes».
Samuel Malard : «L’hygiène des nourrisseurs est très importante, les gammes que je propose se démarquent par leurs facilités d’entretien. Pas de valves dans les tétines, pas de filetage, pas de tuyaux et des lignes épurées. Les collecteurs sur nos remorques mobiles sont ouverts et donc accessibles pour faciliter le nettoyage, cela fait la différence ! Une simple paire de garde-boue sur les quads ou tracteurs évitera les éclaboussures. Un savon type liquide vaisselle est suffisant pour l’entretien hebdomadaire, vous pouvez utiliser un détergent type alcalin, mais pas de chlore, ce dernier détériore le caoutchouc et réduit la durée de vie de la tétine de 60%.»

Abreuvement et aliment solides maîtrisés
Laurent Gourdelier : «Nous allons utiliser les abreuvoirs à vidange rapide dans les parcs pour faciliter l’accès à l’eau et l’entretien pour la prochaine campagne 2026. Côté aliment, nous avons disposé une auge aliment pour 10 veaux en intérieur. En extérieur, nous avons une auge avec couvercle, c’est très pratique : pas de gaspillage, même dehors. Et les veaux apprennent vite à soulever le couvercle.»
Amélioration à venir
Laurent Gourdelier : «Nous venons d’investir dans une serre Horticole de 450 m², qui doit nous permettre d’apporter encore plus de confort et facilité l’aménagement et l’organisation conseillée par Samuel.Notre bâtiment à fourrage dans lequel nous élevons les veaux depuis quelques années n’est clairement pas adapté, trop de volume et mal orienté. Le but reste le même : être capable de garder les veaux à l’abri en attendant les conditions optimums, météo et portances des sols avant de les sortir dans les paddocks dédiés en groupe de 40 veaux. Le printemps 2024 nous a enseigné qu’il faut être patient ! Mais pour cela, il faut être équipé et organisé pour être capables de maintenir tous ces veaux dans les meilleures conditions, c’est-à-dire 160 veaux à l’abri jusqu’à 6 semaines pour les plus âgés si cela est nécessaire. Autre point d’amélioration, nous allons démarrer les veaux du jour 1 à leur sortie en paddocks toujours sur la même surface de couchage, faisant évoluer les groupes voulus de 5, puis 10, puis 20 veaux à l’aide de barrières légères que nous pouvons manipuler, enlever par une seule personne. Tous les jeunes veaux démarreront ainsi sur une litière nouvelle et propre afin de contrôler tout risque de contamination. «

Investissements
Laurent Gourdelier : «Nous avons investi 15 600€ au total en équipement, pour être capable de nourrir 160 veaux en 1h30 par jour en phase démarrage, puis 45 minutes maximum quand les veaux sont en groupes de 40. C’était notre objectif, et il a été atteint. Élever des veaux en pleines formes facilite le travail ! C’est un investissement qu’on ne regrette pas une seconde. Nous tenons à remercier Samuel Malard qui nous a conseillé dans la mise en place de cette nouvelle organisation adaptée à notre système et objectifs.»
Des veaux qui tètent naturellement, moins de problèmes de santé
Samuel Malard : «Outre une bonne organisation, il est primordial d’abord de limiter et prévenir les problèmes de diarrhées nutritionnelles et les comportements de succions croisées ! Il est indispensable en vêlages groupés de penser « prévention », avec 80 naissances sur une semaine chez Laurent rien ne doit être négligé, pas d’improvisation ! Nos produits sont spécialisés dans ce créneau en Nouvelle-Zélande depuis bientôt 40 ans, moi-même je les connais depuis 25 ans et le conseille depuis 18 ans. Nous sommes à votre disposition avec nos partenaires en France pour tous ceux qui demandent des conseils et une expertise adaptée en vêlages groupés ou non.»
