
Coeurs battants avec Marie
Je suis Marie et j’accompagne les agriculteurs et agricultrices sur les aspects organisationnels et relationnels. Les fermes ne sont pas seulement des lieux de production. Ce sont aussi des espaces de vie où des relations humaines se tissent et s’entrechoquent, où questionnements techniques cohabitent avec préoccupations sociales et humaines.
J’ai rencontré Hervé lors d’une réunion du service de remplacement. Il travaille avec ses parents et sa sœur, et me confiait : « Je vois bien les avantages à travailler en famille : la confiance, la connaissance mutuelle, le sentiment d’avancer ensemble… Mais pourquoi est-ce parfois si difficile ? »
Travailler en famille comporte des atouts évidents, mais aussi des tensions particulières. Voici quatre aspects souvent en jeu et des débuts de pistes pour les aborder différemment.
1. Des enjeux affectifs forts
Dans une ferme familiale, les échanges professionnels sont rarement neutres. Ils s’entrelacent avec les liens affectifs noués depuis l’enfance, réactivant parfois des blessures ou des émotions qui débordent du cadre professionnel. Par exemple, un désaccord, une idée rejetée par son père peut venir raviver une blessure en lien avec la relation affective.
Peut-être que ce n’est pas tant ce qui est dit que ce que cela vient réveiller qui est douloureux.
Identifier cette couche affective permet parfois de mieux comprendre nos réactions et d’ouvrir un espace pour que l’échange retrouve sa juste place dans le cadre du travail.
2. Une communication moins soignée
Avec les proches, on a souvent tendance à s’exprimer plus directement, voire brutalement qu’avec un salarié par exemple. Mais ces paroles, lancées sans filtre dans l’urgence du travail, peuvent finir par créer de la rancœur ou alimenter un climat de tension.
Est-ce qu’on peut imaginer, dans le calme d’un autre moment, reparler de ce qui a été dit à chaud ? Pas pour accuser, mais pour remettre du lien là où la tension a coupé quelque chose. Cela demande du courage mais aussi une forme de responsabilité partagée.
3. Des modes de fonctionnement familiaux qui débordent sur le travail
Ce point concerne les règles implicites du groupe familial : par exemple de comment on gère les conflits, comment on décide, ce qu’on ose (ou pas) dire.
Dans certaines familles, on évite les conflits à tout prix, dans d’autres on élève la voix, on utilise l’ironie... Ces habitudes peuvent empêcher de trancher clairement sur des choix stratégiques à la ferme.
Parfois, le simple fait d’en prendre conscience peut changer la donne. Et si on prenait un temps, en dehors de l’urgence, pour réfléchir ensemble à la manière dont on veut décider, s’écouter, se répartir les responsabilités ?
4. Une image de soi figée dans le regard des autres
Ici, il s’agit des rôles individuels dans la famille : être « le petit », « celui qui tempère », « celle qui fait tout »…Par exemple : même à 35 ans, Hervé est encore vu comme le «petit frère» par sa sœur, ce qui nuit à sa légitimité dans certaines décisions.
Et si on acceptait que ces rôles puissent être interrogés ? Qu’on puisse évoluer, changer, surprendre ? Cela demande parfois d’oser affirmer ce que l’on devient, même si les autres mettent du temps à s’ajuster.
mggodard@gmail.com - 06 71 13 51 19
